Polanski, « j’accuse » et les victimes de viol

« Soyons claire, encore une fois. Cela ne me dérangerait pas plus que ça, que Polanski fasse des films dans son coin, pour lui même et sa « thérapie », s’il ne choisissait pas justement de se comparer à un homme injustement accusé parce qu’il était juif. Ici, l’amalgame marche à plein. Et comparer les féministes, qui tentent de faire entendre la parole des femmes, enfin, dans le cinéma français, à l’armée française de la IIIe République ? Le stratagème est il si gros qu’il passe d’autant mieux ?

Tout ici est révoltant. Faudra-t-il qu’à chaque fois qu’une avancée est faite (le témoignage d’Adèle Haenel), la presse parle de « levée de l’omerta », pour que trois jours après, la chape de plomb s’abatte à nouveau sur les femmes victimes de viol ?

Je ne veux pas « la peau de Polanski ». Je m’en fous de lui. Je veux que les femmes victimes de viol soient écoutées, et entendues. Enfin. »

Blog d'une humaine concernée (A dire d'elles)

pdjpdpx.pngJe ne crois pas qu’il faille interdire à Roman Polanski de tourner. En revanche, on pourrait éviter de l’inviter sur les plateaux, de lui dérouler le tapis rouge, au moment même où une énième accusation de viol à son encontre, très sérieuse, et datant de 1975, lui est faite.

Quelques jours après le témoignage d’Adèle Haenel (voir mon dernier article), et quelques jours avant la sortie du film, pourquoi « s’en prendre encore une fois à Polanski », diront certain.es ? Parce que l’homme est puissant. Et que si le cinéma français et la presse ne font rien, ne se refusant tel l’écrivain Philippe Labro à aucun superlatif pour le film du réalisateur accusé à de multiples reprises de viols par des femmes qui n’ont jamais été entendues depuis dix ans, alors c’est l’omerta qui fonctionne déjà de nouveau à plein.

A quoi servirait-il que la presse, le monde du…

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Il est temps de tenir tête ensemble à Big ‘Sister’

« En 15 ans, l’écrivain écologiste et anarchiste Derrick Jensen a publié 20 livres chez le même éditeur, qui n’a jamais essayé de le censurer, même quand il a écrit que le saumon aimerait bien que nous détruisions les barrages et que la Terre apprécierait la fin de la civilisation. Tout cela pouvait être dit.
Mais en 2013, il a écrit un livre sur une guerre menée pour l’âme de l’anarchisme. D’un côté, celles et ceux qui comprennent que les gouvernements privilégient les intérêts des riches contre ceux des pauvres. De l’autre côté, certains anarchistes qui estiment que toutes les restrictions sociales sont intrinsèquement oppressives et doivent être détruites. Cette deuxième position conduit à des horreurs telles que le soutien à la pédophilie. Un chapitre entier du livre de Derrick portait sur l’appui des théoriciens queer à la pédophilie.

L’éditeur a bloqué pendant cinq ans la publication de ce livre.

Derrick lui demandait sans cesse s’il était certain de le vouloir le publier. L’éditeur ne cessait de lui dire que oui. En 2018, Derrick a finalement signé ce contrat. Le livre a été inscrit au catalogue des œuvres destinées à être publiées en novembre. En août, l’éditeur a annulé la publication. Pourquoi? Parce que le chapitre sur le soutien de la pédophilie par la théorie queer était, a déclaré l’éditeur, « odieux ». Il a comparé le sobre dévoilement par Derrick des théoriciens promouvant le viol d’enfants à de l’antisémitisme et à du racisme. Il a également écrit : « Je ne dis pas qu’il n’y a pas de vérité, une certaine vérité, une certaine vérité importante dans ce que vous dites. Les gens utilisent toujours la vérité quand ils attaquent des choses, mais cela ne veut pas dire que ce n’est pas un mauvais usage de la vérité. »

Si nous ne pouvons pas critiquer les agressions d’enfants, qu’est ce que la gauche considère comme digne d’être défendu ? Et si nous ne pouvons pas utiliser la vérité comme méthode critique, que recommandent-ils que l’on utilise à la place? C’est un moment angoissant : la boussole morale de mouvements auxquels nous avons cru est maintenant tout à fait déréglée.

La théorie queer est basée sur la notion postmoderne qu’il n’y a pas de réalité physique, mais seulement des histoires que nous nous racontons à propos de cette réalité. C’est pourquoi Allen Ginsberg peut écrire, dans Deliberate Prose : « Les garçons et les filles prépubères n’ont pas à être protégés de gros adultes poilus comme vous et moi ; ils s’habitueront à notre amour physique en l’espace de deux jours, à condition que les adultes contrôlants cessent de produire ces BRUITS hystériques qui donnent à tout ce qui est sexy l’apparence du viol. » Autrement dit, ce n’est pas le viol d’enfants qui nuit aux enfants, mais les « BRUITS hystériques » de celles et ceux qui s’opposent au viol d’enfant. C’est aussi pourquoi Judith Butler peut affirmer, dans Défaire le genre : «Je pense effectivement que certaines formes d’inceste ne sont pas nécessairement traumatiques ou qu’elles prennent un caractère traumatique de par la conscience de la honte sociale qu’elles produisent. » C’est également pourquoi les gens qui s’identifient comme transgenres peuvent soutenir que l’identité qu’ils se donnent pèse plus lourd que les faits biologiques.

C’est parce que les postmodernistes ont théorisé le monde matériel comme extérieur à la réalité qu’ils ne peuvent pas défendre leurs positions, pas plus que Big Brother ne pourrait défendre la notion selon laquelle deux plus deux équivalent à trois ou cinq ou quelque autre réponse dictée par LUI. Comme l’écrit le philosophe Daniel Dennet:

Le postmodernisme, ce système de « pensée » pour lequel « il n’y a pas de vérités, seulement des interprétations », s’est largement dissous dans l’absurde, mais il a laissé derrière lui une génération d’universitaires handicapés par leur méfiance à l’égard de l’idée même de vérité ou de faits probants. Ces gens se contentent plutôt de conversations où personne n’a jamais tort et où rien ne peut être confirmé, mais seulement affirmé dans un style ou un autre.
À cause de tout cela, il existe maintenant un test décisif dans le monde universitaire et dans celui de l’édition – et de plus en plus dans la culture en général – où, si vous n’êtes pas d’accord avec le postmodernisme, la théorie queer ou l’idéologie transgenre, vous n’êtes pas autorisé-e à parler et vos propos sont désignés comme « haineux » et « réactionnaires ». Vous risquez de perdre votre emploi. On vous chassera des tribunes. Votre éditeur ne niera pas que vous dites la vérité, mais il appellera votre livre un « mauvais usage de la vérité » et vous perdrez votre contrat de livre. En effet, la seule façon dont les postmodernistes peuvent défendre leurs arguments est d’empêcher l’autre camp de s’exprimer.

Oui, George, nous voyons ta main levée et les mots « mauvais usage de la vérité » n’ont pas plus de sens pour nous que pour toi. Et oui, nous savons que tu aurais souhaité utiliser cette phrase soit dans 1984; et oui, tu peux toujours dire qu’elle est orwellienne; parce que oui, nous savons que tu as prédit tout cela aussi dans ton livre La Ferme des animaux[3], où tous les animaux sont créés égaux, à l’exception des porcs, qui sont plus égaux que les autres. Tous les discours sont créés égaux, sauf que la théorie queer est le seul récit qu’il est permis de tenir.
Alors appelez à faire sauter les barrages, allez-y. Mais rappelez vous que les théoriciens queer ont fait la prootion de la pédophilie et que les hommes qui se qualifient de « transgenres » sont toujours des hommes et que c’est vous qui êtes maintenant toxique.

Les auteurs du présent article ont écrit un livre intitulé Bright Green Lies (Brillants mensonges verts), qui ne traite pas du tout des enjeux queer ou transgenre, mais de la façon dont les énergies éolienne et solaire n’arrêteront pas le meurtre de notre planète. Nos précédents éditeurs ont refusé de prendre ce manuscrit en considération. Nous avons continué d’envoyer le livre à diverses maisons d’édition, et un autre éditeur nous a proposé un contrat. Moins d’une semaine plus tard, nous avons reçu le courriel qui était à prévoir – celui qui nous réclamait des explications sur notre « transphobie ». L’éditeur n’a même pas pris la peine d’attendre notre réponse avant d’envoyer le courriel suivant : celui qui annulait notre contrat.

Derrick a fait le calcul, et sur les millions de mots qu’il a publiés, seulement 0,14 % avaient un rapport avec l’idéologie transgenre : deux brefs essais, écrits seulement après que deux camarades de sexe féminin aient commencé à revoir plusieurs menaces de viol et de mort pour avoir voulu dormir, se baigner, se rassembler et s’organiser hors de la présence d’individus biologiquement mâles. La demande de loyauté de la part de Big Sister est de l’ordre d’une secte et un accord à 99,86 pour cent ne suffit pas.

Nous avons répondu à l’éditeur en lui expliquant la position féministe : les mammifères ne peuvent changer de sexe, les femmes ont droit à des espaces non mixtes, l’idéologie transgenre est réactionnaire, et les éditeurs devraient considérer la défense de la liberté d’expression comme un devoir sacré. [Notre courriel de réponse figure en entier à http://www.derrickjensen.org.]« 

TRADFEM

Par Derrick Jensen, Lierre Keith et Max Wilbert, sur Feminist Current, le 5 octobre 2019

La vérité est réduite au silence et nous devons nous dresser et riposter avant qu’il ne soit trop tard.

Levez la main, toutes celles et ceux qui auraient pu prédire que Big Brother porterait une robe, et qu’il traînerait devant un tribunal des droits humains quiconque refuserait d’épiler ses couilles ‘féminines’, et réclamerait en hurlant qu’on l’appelle «MADAME»![i]

Non, George, ne fais pas le finaud et baisse la main. Nous savons que tu as écrit: «La guerre c’est la paix. La liberté c’est l’esclavage. L’ignorance est une force » Et que tu as également écrit: « C’est une belle chose que la destruction des mots ». Et, que « le doublethink (la doublepensée) est le pouvoir de garder à l’esprit simultanément deux croyances contradictoires et de les accepter toutes deux[1] ».

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Reçevoir et traiter un témoignage de viol dans une association

« Et donc, en décembre 2017, on a connaissance d’un témoignage de viol. Ce témoignage ne nomme pas l’agresseur mais il est facile de l’identifier à partir des informations que donne la victime. Ce violeur est un allié, un ami, un des mecs qui me soutient contre la tonne d’attaque sexiste que je me prends dans la tête au sein de l’association.

Et il fallut gérer. Il a fallu agir. Prendre des décisions. Et nos responsabilités. Ça n’a pas été facile. Mais je suis assez fière de ce qu’on a été capable de faire collectivement, en accord avec nos valeurs et un positionnement féministe. Tout n’est évidemment pas parfait, pure. Mais je crois que nous avons réussi quelque chose.

Et on a alors rédigé un document qui rend compte/raconte notre cheminement, ce qui nous a guidé. Pour garder traces et qu’il serve à d’autres.

Il est téléchargeable ici : recevoir et traiter un témoignage de viol dans une association

Je choisi aujourd’hui de partager ce document parce qu’on sait bien à quel point c’est difficile d’agir et d’exclure les agresseurs de nos associations. Et que, plus on partage nos réflexions et nos outils, plus on a de chances d’y arriver sans trop s’épuiser, souffrir… » ❤ ❤

Le refuge des cotons souillés

En décembre 2017, en plein mouvement #metoo et balance ton porc, je suis présidente d’une association d’éducation populaire et d’éducation nouvelle. Je suis alors la première femme présidente de cette association. Et je suis féministe. Nous sommes une majorité de femmes au bureau et au conseil d’administration. Et au sein du bureau nous sommes toutes féministes. Les hommes présents sont plutôt des alliés, par convictions, contraintes ou stratégies.

Il me semble aussi important de préciser ce contexte parce que dans ce milieux associatif le pouvoir est habituellement entre les mains de vieux mâles blancs. Pas de jeunes femmes féministes.

Alors je vais pas vous mentir, j’en ai chié. On en a chié. On s’est pris tout ce que se prennent habituellement les femmes qui osent prendre des postes à responsabilités et à pouvoir. On a lutté dur. Mais on a gagné des trucs… Et pi, après 5 ans on a…

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La vérité pure et simple à propos de la violence conjugale

TRADFEM

par Julie Bindel

The Spectator, le 13 septembre 2019

J’assiste aujourd’hui
à une conférence sur la violence conjugale, intitulée « Stand Up to
Domestic Abuse »
(Tenons tête aux
agressions conjugales), à écouter récit après récit à propos d’hommes violents
ayant tué des femmes qu’ils professaient d’aimer. Des hommes qui ont assassiné des
femmes parce qu’elles avaient eu l’audace de tenter de les quitter. J’écoute l’histoire
effroyable
racontée par Luke Hart, dont la mère Claire et la sœur Charlotte ont été
abattues par son père dominant et narcissique.

Un silence
de mort envahit la salle de conférence lorsqu’une fille de 15 ans parle de l’attentat
commis contre sa mère par un mari violent. Cette femme, l’organisatrice de
cette conférence, la redoutable Rachel Williams, a été blessée par
balle par son ex-mari après avoir survécu à 18 ans de violence de sa part.
L’homme s’est suicidé plus tard ce…

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LA PROSTITUTION N’EST PAS LA CONSEQUENCE DU CHOIX DES FEMMES

« Je me souviens que, quand j’étais petite, mon père me couchait plus tôt dès que ma mère nous quittait pour aller au bingo–et elle y allait souvent car elle n’était pas heureuse–pour pouvoir mettre ses films porno. Imaginez avoir un mari qui se masturbe plusieurs fois par jour mais qui n’a jamais envie de vous toucher… La souffrance des 19 années de mariage de ma mère, de ne pas avoir été désirée et de voir le désir de connexion qu’elle offrait être remplacé par du porno, de la compulsion et de l’isolement, c’est celle de nombreuses femmes aujourd’hui. Mon père avait des magazines pornos cachés partout dans la maison, même dans ma salle de jeu d’enfant, dans une trappe pour la ventilation du chauffage. Même la porte intérieure de son casier au travail était tapissée d’images porno.

Je dis »maladie » entre guillemets puisque ma « lentille » actuelle, ma grille de décodage informée par le trauma-informed care (le soin tenant compte des traumatismes) me fait voir maintenant toutes les addictions (comportements, substances, troubles alimentaire, j’avancerai même la dysphorie de genre chez certaines personnes), comme un déplacement traumatologique, comme une stratégie d’adaptation face à une souffrance devant laquelle on est si impuissant.e, que, faute de pouvoir adresser directement cette souffrance, cet arrêt dans notre développement, on fait un déplacement vers une chose obnubilante qui nous permet au moins d’avoir du contrôle sur notre ressenti. Je recommande fortement les travaux des Drs. Gabor Maté et Lance Dodes pour mieux comprendre le trauma-informed care appliqué à la compréhension des addictions et bien sûr ceux de Muriel Salmona et d’Ingeborg Kraus pour les traumas de nature sexuelle, la dissociation et la psychotraumatologie de la prostitution.

Pour moi, de me comprendre et surtout de comprendre ce qui ne m’appartenait pas dans mon parcours, de déconstruire au contraire cette idée de choix, ça a été la meilleure chose possible. De comprendre ce qui n’était pas de ma faute m’a libéré : j’ai longtemps vécu avec l’idée que, comme je n’avais personne à blâmer pour m’avoir forcée à entrer en prostitution, j’étais en quelque sorte ma propre abuseuse sexuelle. Je pense que la conviction d’être maître de nos choix peut éventuellement être la plus grande source de souffrance et de refus de changer de « lentille », de grille d’analyse, quand on s’y cramponne. Les femmes qui défendent l’industrie du sexe sont allergiques à l’idée de se percevoir comme une victime; c’est pourtant ce qui m’a libéré de ma culpabilité; de comprendre qu’il y a avait tout un système, un conditionnement et une organisation sociale bien plus grande que moi au-dessus de moi qui facilitait et banalisait tout ça. Que j’étais juste le produit de ma vie. »
« Je me souviendrai toujours de cette jeune femme qui était venue me voir, très ébranlée après une conférence que j’ai donnée dans un collège avec la CLES, la formule « une intervenante féministe et une survivante » étant un modèle de sensibilisation éprouvé. Elle m’avait prise à part pour me demander si le fait que son conjoint lui demandait du sexe en échange de son retard de loyer et de factures qu’elle n’arrivait pas à payer, comptait pour de la prostitution ? Oui ma belle, c’en est… Et dans ce monnayage intime, sa souffrance était évidente. Elle n’avait juste jamais pu le nommer ainsi, elle en était au point de se demander si elle était asexuelle. »

« Veut-on l’opinion d’une femme battue qui vit toujours avec son conjoint violent pour savoir comment sortir d’une relation toxique quand elle-même n’arrive pas à en reconnaître la toxicité et est toujours avec lui ? Veut-on l’opinion d’une personne avec une aiguille dans le bras pour savoir comment on se sort de la relation à l’héroïne et quel cadre législatif on devrait mettre en place ? Bien sûr que non. Nous voulons l’opinion de la personne qui en est sortie, qui a cheminé et a vécu les embûches de devoir se reconstruire. Celle qui peut nous informer des ressources et de l’approche dont elle aurait eu besoin, et qui manquait.

Le problème est que l’on ne reconnaît pas au niveau sociétal que la prostitution n’est pas un optimal humain et qu’elle est de l’exploitation. Point barre. Même dans des draps de satin, même à 300$, à 1000$ la passe… Cumulativement, dans le corps d’un être humain (oui oui, les femmes sont des humaines), il n’y a pas de bonne prostitution. On ramène toujours le débat au niveau du choix de la femme au lieu de se questionner sur le supposé droit des hommes de monnayer ce consentement. Encore une fois, je le répète, son choix à elle de se vendre est protégé par la loi. Les journalistes utilisent presque tous l’expression ‘’travailleuse du sexe’’ qu’ils croient plus polie que « prostituée ». Même les images qu’ils utilisent dans presque tous leurs reportages montrent toujours des jambes de femmes. Pourquoi ne pas montrer des mains d’hommes qui tendent de l’argent? Pourquoi le clients prostitueurs sont-ils toujours effacés de l’esthétisme de la prostitution ? Les médias, de Pretty Woman à la manière dont les news parlent de la prostitution, nourrissent et formatent la psyché collective. »
« Une autre bêtise pas possible que j’entends de plus en plus est que certains disent ne pas avoir d’opinion sur la prostitution car ils se disent »non-concernés »… C’est insupportable et tellement paresseux intellectuellement. C’est ne pas comprendre que si la prostitution est tolérée et régulée, ça rend TOUTES les femmes prostituables … Et tous les hommes virtuellement prostitueurs? Tout le monde est capable de comprendre ce qu’est et ce que cause la prostitution. Le féminisme radical place les intérêts des femmes en tant que classe au centre de son analyse et de sa déconstruction du patriarcat et du capitalisme, et le fait sans demander la permission, sans inclure l’opinion des hommes. Ces personnes »non-concernées » (nous on les appelle des ni-ni; ni pour, ni contre…) se désolidarisent ainsi de toutes les femmes et de la responsabilité d’empathiser et de réfléchir. Pire, ils n’écoutent que la parole des très bruyantes et publiques »happy sex workers » qui ne représentent même pas 5% du panorama prostitutionnel. Et on a beau expliquer que toutes les études démontrent que la majorité (entre 85 et 95%) des femmes en situation de prostitution disent vouloir en sortir si on leur demande vraiment, mais disent aussi ne pas savoir comment… Mais ce que les survivantes abolitionnistes, leurs allié.e.s et les psychotraumatologues ont à dire est nettement moins sexy que les lunettes roses que vendent le lobby pro sex-work’’, que nous préférons renommer le lobby pro-proxénète par honnêteté intellectuelle. »

Révolution Féministe

                          INTERVIEW DE VALERIE TENDER

                                  Par Francine Sporenda

Valérie Tender est une militante féministe radicale abolitionniste québécoise, chanteuse (jazz, country etc.), vlogueuse, conférencière et artiste conceptuelle. Elle milite à la CLES (Concertation des Luttes contre l’Exploitation Sexuelle) et au CAFES (Collectif d’Aide aux Femmes Exploitées Sexuellement). Contact legaltendermontreal@gmail.com. Projet boutique militante https://www.facebook.com/centrecommunautairelegaltender/ Artiste militante https://www.facebook.com/legaltendermtl/ Chaîne youtube https://www.youtube.com/channel/UC6p5I7G4WKPHxhTkIcXpsUQ?view_as=subscriber&fbclid=IwAR2KbuuB75hfrRZ4A6Q8tA8cnAqMB16-2_L7IxyQe8G1c4w5rwUxNK_wK_c

FS :  Peux-tu nous expliquer comment tu es entrée en prostitution?

VT : Je n’ai pas été abusée sexuellement dans l’enfance mais il y avait un cycle de violences psychologiques et physiques à la maison et mon sentiment de sécurité était régulièrement affecté. Il y a aussi des traumas intergénérationnels au sein de ma famille élargie. Je suis enfant unique.

J’étais rejetée, grassette avec…

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PROSTITUTION: pourquoi on se fout de la sexualité libre de contrainte des femmes?

 » Donc mon premier problème conceptuel de taille avec la prostitution, c’est que ça ne fabrique pas des hommes empathiques qui doivent faire des efforts et plaire pour avoir accès à une femme. De fait, c’est probablement de ceux qui nous paient pour parler longuement, pour nous faire jouer le rôle de thérapeute, pour boire notre urine ou pour nous lécher les pieds sales dont je me souviens le plus, pas que je me souvienne vraiment d’eux mais plus de la charge mentale que ça représentait. Même de jouer à la dominatrice (ce que font en réalité plusieurs des »happy sex workers ») et de ne pas se faire pénétrer, ça vient avec un gros lot de dégoût et de charge mentale. Et le besoin d’escalation, de surenchère et de devoir renouveler les jeux sexuels pour que monsieur resté intéressé et accro et continue de gérer ses bibittes (problèmes) d’enfance avec nous, et pas avec un psy…

Me rappeler leurs confidences d’une fois à l’autre, prendre un air intéressé pour leur demander si tel ou tel problème allait mieux, les écouter me parler de leur femme… blablabla… Je pense que je méprise encore plus ceux qui veulent une thérapeute justement parce qu’ils ne peuvent se montrer tels qu’ils sont que parce que je suis nue, qu’ils m’infériorisent et se placent au-dessus de moi. Seraient-ils capables d’ouverture et de vulnérabilité avec une femme thérapeute diplômée qu’ils ne peuvent pas posséder érotiquement? Prendre les femmes prostituées pour des thérapeutes est ultra misogyne en fait, car c’est reconnaître notre intelligence émotionnelle, puis s’en foutre en nous pénétrant tout pareil… »
« VT : J’ai eu plusieurs années ou j’arrivais sans trop de problème à être en couple avec des hommes. Maintenant, et plus le temps avance, plus mon analyse féministe radicale se peaufine et moins je suis capable et désireuse de laisser un homme m’approcher. De nos jours, tout va trop vite et j’ai plus peur du désordre qu’apportent les ruptures que j’ai envie d’essayer une relation. Souvent le matin, je me réveille en diagonale dans mon lit, momifiée par mes quatre chats, et je pense que c’est si doux et merveilleux de ne pas être en état de rupture. Quand j’ai adopté mon quatrième et dernier enfants-chat (lol), c’était comme un genre de fuck it généralisé, une manière de vivre pour moi et de faire en sorte qu’il n’y ait même plus de place pour quelqu’un d’autre. Moi, Valérie, je veux vivre entourée de quatre chats, point final. Je veux meubler ma vie de tout ce que moi JE veux dedans. Juste ça, c’est assez pour me donner envie de protéger mon énergie créatrice. »
« J’ai le sentiment d’avoir perdu tellement de temps à souffrir et à combattre la dépression; j’ai l’urgence de vivre et de ne pas rater ma vie. Je ne mérite pas de vivre une autre rupture. Tout comme j’en suis venue à conclure que je n’aurai pas d’enfants et que c’est correct. J’aurais ardemment voulu être mère à 30 ans, mais pas à 40. Mais ça ne se fait pas seule (bah oui mais pas dans mon livre à moi). Et puis je suis authentiquement habitée par un revirement, d’avoir tant désiré vivre la maternité et l’allaitement dans mon corps pour maintenant n’en voir que les risques, les désagréments et le fardeau. Sans compter que je sais qu’aucun homme ne mérite que je lui offre ça.

Un moment donné, j’ai fait face à un choix qui m’est très personnel; celui de continuer à vouloir avoir un enfant ou celui d’essayer de changer le monde. Bravo à celles qui se sentent capable de faire les deux. Moi j’ai mal partout, j’ai des migraines chroniques, je suis toujours pauvre et à une paie de la catastrophe, j’ai besoin de dormir 8-9 heures par jours, parfois 10 heures, je sens que j’ai passé une majeure partie de ma vie en état d’hypervigilance et que je commence JUSTE ENFIN à être bien, ce n’est pas pour redevenir hypervigilante pour un enfant, à devoir orienter toute mon énergie vers ses besoins et essayer de le protéger de ce monde. Avec le monde extérieur qui défait tout ce que tu fais. Je flippe quand je vois combien mes amies mères monoparentales doivent lutter.

Mais en fait, je vis aussi de la colère. Celle d’avoir travaillé si fort pour me guérir, c’est-à-dire pour me reconnecter à mon moi intègre et à mes sensations, à mon désir d’avoir une sexualité joyeuse et affective, et me réveiller ensuite, après tout ce travail, dans un monde ou à peu près tous les hommes sont accros au porno, imposent des pratiques violentes et humiliantes à leur conjointe (les expériences actuelles de mes amies dans la »dating scene » me traumatisent rien que de les entendre…) et se masturbent compulsivement en cachette avec du porno pour gérer une anxiété profonde qu’il ne savent même pas reconnaître. J’ai pitié des hommes. Beaucoup de garçonnets qui flottent et ne se comprennent pas. Ils n’ont pas besoin d’évoluer : on porte le poids de la charge mentale pour eux, on les materne… Geez, thanx but no thanx. »
« Aussi, et ce n’est pas le moins important, les deux fois dans les dernières années où j’ai tenté de développer une relation avec un homme en prenant bien le temps d’apprendre à se connaitre, en faisant des sorties culturelles et des longues marches, en voyant de quoi avait l’air sa vie à lui et qu’il comprenne de quoi est faite la mienne avant de coucher ensemble, à CHAQUE FOIS ça a fini en dysfonction érectile insurmontable. Avec l’un d’entre eux, je lui ai même donné à cinq reprises la chance d’avoir des relations sexuelles et à chaque fois il bloquait, oubliait de respirer comme un gamin. Et je voyais bien, par ses comportement au lit et ce qui lui procurait une érection (les positions pornifiées, me mater au lieu d’être ensemble et dans le ressenti) que le porno était derrière tout ça .

Je pense que je saurais reconnaître quelqu’un de sain et de bon pour moi si je le rencontrais mais c’est presque une délivrance d’arrêter de chercher, d’arrêter de vouloir quelque chose. C’est comme si je ne gardais plus de porte entr’ouverte avec des courant d’air qui font voler les feuilles avec mes idées partout; mes objectifs sont priorisés et mes pensées restent bien classées et en ordre. Je me sens bien, calme, contenue et aussi capable que possible, sans porte entr’ouverte. Le weed me ralentit encore mais il m’aide aussi… C’est compliqué. Le fait est que je préfère la certitude de ce que j’ai et que je peux accomplir pour et par moi-même. Je veux une vie de projets et de militance. J’ai un beau réseau d’amitié et de camarades féministes; ma vie me plait. Je n’ai plus les moyens d’être triste, insécure et déprimée. »
« Certaines choses comme les dons de sang, de cellules sexuelles et d’organes sont déjà protégés de l’emprise du marché; pourquoi se fout-on à ce point de la sexualité libre de contrainte des femmes ? Pourquoi est-ce qu’on se fout des femmes à ce point ?

Je dis souvent que selon moi, historiquement la prostitution sera la troisième abolition. Après celle de l’esclavage et celle du travail des enfants, la sexualité libre de contrainte des femmes doit suivre. Je suis aussi d’avis que l’abolition de l’esclavage des animaux sera la quatrième et finale abolition. Après ça on devrait être plus évolués (lol). À moins qu’on ne régresse, ou qu’il y ait une autre révolution et qu’on entende le cri des carottes (lol).

La prostitution existe à la croisée entre les privilèges masculins issus du patriarcat comme organisation sociale et du capitalisme comme système. Plus précisément sa croyance en l’argent et en son pouvoir contractuel.

Et pourquoi les hommes devraient-il avoir accès à ça? »

Révolution Féministe

      INTERVIEW DE VALERIE TENDER (2ème partie)

                       Par Francine Sporenda

FS: Tu soulignes que la prostitution est une activité dangereuse, avec un taux de mortalité record (204 pour 100 000 , contre 29/100 000 pour un autre métier à risque, chauffeur de taxi). Et que les personnes prostituées perdent graduellement leurs standards de sécurité quand elles y entrent. Tu racontes avoir été présente dans une fusillade dans un club, mais tu es quand même retournée dans ce club trois semaines plus tard. Peux-tu nous parler des situations dangereuses auxquelles tu as été confrontée et de leur effet dissociatif?

VT : Notre seuil de tolérance augmente et s’ajuste au gré de notre réalité. Le cerveau humain est expert à s’inventer des rationalisations crédibles. Je suis une personne plutôt routinière qui préfère le connu, donc le stress de retrouver un…

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