Aimer pour survivre – Dee Graham, Traduction Lecture

Mais qu’il est difficile de s’en libérer! 😥

Radfem Résistance

Dee Graham reprend les conditions dans lesquelles le syndrome de Stockholm se développe (rapport otage, les femmes – ravisseur, les hommes). Elle propose une thèse sur la dimension sociale de ce syndrome qui caractériserait les relations homme/femme. Elle montre notamment comment l’amour, l’hétéronormativité, la féminité patriarcale, le refus des liens amicaux entre femmes constituent une stratégie afin de rester proche de celui qui détient le pouvoir de vie ou de mort sur soi. Celui qui a le pouvoir de nommer, pouvoir de vivre, de valider, de reconnaître, d’honorer, d’aimer.

Les conséquences de la violence (physique et psychologique) des hommes à l’encontre des femmes impactent la psychologie de ces dernières (voir les travaux de Muriel Salmona), sur ce qu’elles vont mettre en place (gestes, attitudes, espoirs) afin de survivre. Cette psychologie n’est pas naturelle mais elle est devenue génétique quand l’histoire des femmes n’a été que celle de la captivité et…

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Que faudra-t-il qu’il arrive pour qu’on parle franchement de la source du sadisme des hommes?

« Beaucoup de gens trouvent difficile d’expliquer ou de constater la misogynie. Cependant, quand on réfléchit à de tels crimes et qu’on cherche leur justification, cela cesse d’être difficile.

Il y a quelque chose d’inquiétant dans notre peu de préoccupation envers ces comportements et envers la quantité d’hommes qui les adoptent, sous différentes formes. Soit que nous admettons toutes et tous qu’il y a quelque chose d’inné chez les hommes qui les incite à jouir de la torture, et dans ce cas, que doit-on faire des hommes? Soit que nous reconnaissons que ce comportement est surtout appris, et dans ce cas, nous pouvons y mettre fin. Il ne peut pas y avoir autant de psychopathes de naissance dans ce monde. (Et s’il y en a autant, pourquoi sont-ils presque tous des hommes, et presque jamais des femmes?) Et considérant les hommes non psychopathes que nous aimons et avec lesquels nous vivons – ceux qui sont « bons », et qui ne se masturbent pas sur des femmes qu’ils étranglent dans la rue jusqu’à l’inconscience – des hommes qui sont eux aussi excités à l’idée qu’ils pourraient tuer leur copine s’ils le voulaient et qui nous le disent, mais choisissent de ne pas le faire, et trouvent que ce sentiment de puissance en étranglant juste un peu leur copine constitue une perversion inoffensive, alors nous devons reconnaître que ce problème de violence et de domination sexualisées n’est pas seulement un problème de pervers et de « cas psychiatriques ».

Dans la pornographie et dans la « vraie vie », des hommes veulent nous étrangler, éjaculer dans nos yeux, nous pénétrer jusqu’à nous faire étouffer, pleurer ou vomir – jusqu’à nous tuer peut-être aussi – et peut-être rire tout en le faisant (« Oh, tu ne peux plus respirer? Mais regarde comme ma queue est dure! »), mais ils n’arrivent pas à comprendre pourquoi les féministes protestent! C’est comme s’ils croyaient que les femmes ne voient pas ce qu’ils regardent, ce qu’ils font et ce qu’ils demandent au lit. Mais bien sûr, nous le voyons. Nous le savons toutes. Seulement, la plupart d’entre nous ne veulent pas en parler. C’est trop dur de reconnaître ce problème, et c’est trop dur d’y faire face lorsque nous le faisons. Allons-nous quitter ces hommes? Désespérer d’eux comme étant mauvais et incorrigibles? Allons-nous leur parler et essayer de leur expliquer les torts causés par leurs habitudes pornographiques ou sexuelles? Je n’ai pas de réponse assurée à ces questions. Mais je sais au moins qu’il nous faut commencer à en parler, et dire que cela n’est pas normal, que ce n’est pas acceptable, et que ce n’est certainement pas inoffensif.

Nous pouvons continuer à trouver des excuses, à fermer les yeux, ou à crier : « Ne viens pas contrôler ma sexualité, espèce de sainte-Nitouche! » chaque fois que des féministes suggèrent que, peut-être, le fait de transformer la violence en source d’excitation pourrait inciter les hommes à être excités par la violence. Ou nous pouvons commencer à parler franchement. Étant donné les conséquences, ça semble en valoir la peine. »

TRADFEM

Le sadisme des hommes est soit inné, soit appris. S’il est appris, c’est un problème auquel on peut s’attaquer.

Le 6 octobre 2018 par MEGHAN MURPHY (traduit par Pauline Cyr)

brett-kavanaugh-christine-blasey-ford.jpg Brett Kavanaugh et Christine Blasey Ford

Bonjour et bienvenue à l’édition de cette semaine sur Qu’est-ce qui peut bien clocher à ce point chez les hommes?

Je dois vous avertir que je n’aurai probablement pas de réponse à la fin de cette enquête, mais peut-être qu’un généreux confrère se sentira inspiré à éclairer notre pauvre lanterne.

Je suis, bien sûr, hors de mon domaine d’expertise, car je n’ai jamais joui en étouffant un homme avec ma vulve, et je n’ai jamais rêvé non plus d’inviter un groupe de copines à venir torturer avec moi un homme jusqu’à ce qu’il pleure ou qu’il vomisse, tout en me masturbant et en le traitant de sale chien. Je n’ai jamais poussé un…

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Dee Graham — Aimer pour survivre : terreur sexuelle, violence des hommes et vies de femmes

« Nous proposons que l’attachement réflexe des femmes aux hommes, ainsi que la féminité et l’hétérosexualité des femmes, sont des réactions paradoxales à la violence masculine exercée contre elles. Tout comme les ravisseurs ont besoin de tuer, ou au moins de blesser quelques otages afin d’obtenir ce qu’ils veulent, les hommes terrorisent les femmes afin d’obtenir ce qu’ils veulent: la continuation des services sexuels, émotionnels, domestiques et reproductifs que leur assurent les femmes. Comme des otages qui s’efforcent d’apaiser leurs ravisseurs de peur que ceux-ci ne les tuent, les femmes s’efforcent de plaire aux hommes, et cette réaction fonde le concept même de féminité. La féminité décrit un ensemble de comportements qui plaisent aux hommes (les dominants) parce que communiquant l’acceptation par une femme de son statut subordonné. Ainsi, les comportements féminins sont des stratégies de survie. Comme des otages qui se lient à leurs ravisseurs, les femmes se lient aux hommes dans le but de survivre, et c’est la source de leur si fort besoin de connexion avec les hommes et de leur amour pour eux. Nous croyons que tant que les hommes n’auront pas cessé de terroriser les femmes — et que le souvenir de ces violences n’aura pas disparu de la mémoire collective des femmes — nous ne pouvons pas savoir si l’amour des femmes pour les hommes et l’hétérosexualité des femmes sont autre chose que des stratégies de survie expliquées par le syndrome de Stockholm. Nous nous référons à cette théorie de la psychologie actuelle des femmes comme théorie du syndrome de Stockholm sociétal.

Bien que cette théorie soit émotionnellement éprouvante, elle a l’avantage de rendre le monde mieux compréhensible, en expliquant la relation entre des phénomènes apparemment disparates. Par exemple, la théorie du syndrome de Stockholm sociétal explique pourquoi de nombreuses femmes s’opposent à l’amendement constitutionnel étatsunien qui stipulerait l’égalité des droits entre les femmes et les hommes, pourquoi la plupart rejettent même la théorie — le féminisme — qui épouse le point de vue des femmes et cherche à accroître leurs droits, pourquoi les femmes travaillent si fort à établir des liens avec les hommes alors qu’il serait beaucoup plus facile de combler nos besoins de connexion avec d’autres femmes, pourquoi beaucoup de femmes souffrent de « dépendance amoureuse », et pourquoi les femmes aiment les hommes dans un monde de violence des hommes à notre égard. La théorie du syndrome de Stockholm sociétal montre que ces croyances et comportements paradoxaux des femmes sont des stratégies de survie dans une culture marquée par la violence masculine. Ainsi, contrairement aux théories du masochisme féminin ou de la codépendance, cette théorie désigne comme responsable la violence masculine contre les femmes, et non les femmes elles-mêmes, pour l’apparition de comportements qui semblent irrationnels. »

TRADFEM

Loving to Survive: Sexual Terror, Men’s Violence, and Women’s Lives

(Aimer pour survivre : terreur sexuelle, violence des hommes et vies de femmes)

Autrices: Dee L. R. Graham. Edna I. Rawlings. Roberta K. Rigsby. Éditrice: NYU Press, Collection Feminist Crosscurrents, 1994.

 

Préface de Dee Graham

Traduite par Claire Fougerol pour TRADFEM

COV lOVING TO SURVIVE Ce livre est disponible chez plusieurs revendeurs.

     En tant qu’autrices, nous faisons deux promesses à notre auditoire. La première est que la nouvelle vision des relations hommes-femmes que nous proposons ici changera à jamais votre regard sur les femmes, les hommes et leurs relations. Notre deuxième promesse est que la prise de conscience à laquelle ce livre vous invite sera émotionnellement éprouvante.

La plupart des lectrices à qui nous avons soumis des parties de ce manuscrit nous ont confié avoir souffert à la lecture de ces idées. (Étrangement, les lecteurs y ont plutôt réagi positivement.) Toutefois, après…

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Aux confins de la misogynie

« Et comme si cela ne suffisait pas, certains hommes nous polluent de vidéos, d’articles ou de tweets dans lesquels ils se victimisent, nous faisant croire que c’est l’enfer d’être confinés avec leur compagne. A cette sidérante inversion patriarcale s’ajoute la perversion ultime du ton comique, nous rendant malgré nous complices en nous amenant à rire de la femme qu’ils prétendent aimer tout en la faisant passer pour une mégère aux yeux du monde entier.

Pourquoi quand ce sont les bourges qui se plaignent d’être confiné·e·s dans leur villa à l’Ile de Ré, tout le monde trouve ça indécent, révoltant même, mais quand ce sont des mecs qui se plaignent d’être coincés avec une femme qui a le toupet de leur demander de contribuer aux tâches ménagères, ça devient magiquement désopilant ?

Et bizarrement – non –, je n’ai pas encore vu passer de vidéos humoristiques faites par des femmes pour se moquer de leur bonhomme qui passe le plus clair de ses journées avachi dans le canapé à se gratter alternativement les couilles et le nez, sans daigner interrompre ce va-et-vient nonchalant entre ses divers appendices ne serait-ce que pour se laver les mains. C’est bien simple, les femmes n’en ont ni l’énergie – réduite à peau de chagrin par les violences masculines –, ni le temps – dérobé là aussi bien souvent par les hommes, par exemple en ne s’occupant pas correctement de leurs enfants –, et surtout, elles risquent pour leur part des représailles, qui, dans le contexte actuel, pourraient aller extrêmement loin. Non, les femmes coincées avec un homme violent ou ne serait-ce que pénible ne font pas des blagues dessus en public pour se faire mousser, elles nous écrivent en privé à nous féministes ou sur des groupes fermés[7] pour vider leur sac et demander des conseils et du soutien, parce qu’elles sont réellement en détresse – elles.

Ca me rappelle une humoriste[8] qui demandait à son public : « Vous savez pourquoi il y a des tonnes de blagues et de sketchs sur les « crazy ex-girlfriends » mais aucune sur les « crazy ex-boyfriends »? Parce que la plupart de celles qui les ont fréquentés ne sont plus là pour les raconter. »

Pendant les deux minutes que vous prendrez à regarder l’une de ces minables vidéos (ou à vous l’épargner, ce que je recommande fortement), des milliers de femmes seront en train d’être humiliées, violées, terrorisées, tabassées, par l’homme qui prétend les aimer. Et le lendemain – si elles ne sont pas mortes – elles devront trouver la force de se lever et de partager 24h de plus dans le même huis-clos avec ce même tortionnaire. 24h de plus à le servir pour lui survivre.

Honte à eux.

Soutien à elles. »

Le refuge des cotons souillés

Depuis le début de la crise provoquée par le coronavirus – ou, plus précisément, par les conséquences délétères inhérentes au système patriarcapitaliste écocidaire[1] et le défaut d’anticipation de ces dernières – j’ai vu défiler un certain nombre d’articles sur le fait que ce sont les femmes qui sont en première lignes du front[2] et alerter sur la « recrudescence des violences conjugales » en période de confinement, révélant notamment une explosion des demandes de divorce en Chine au sortir de la quarantaine[3].

Comme d’habitude, ce sont les femmes qui doivent payer les pots cassés par les hommes, ramasser les déchets rejetés par le système de prédation du vivant qui a été érigé par et pour eux. Comme d’habitude, la majorité des déjà bien trop rares voix qui s’élèvent pour parler de la souffrance des femmes tend à escamoter le rôle des hommes dans cette souffrance, à…

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Le pouvoir de l’amour

« Salut à toutes et tous, en ces temps confinés j’ai pensé vous mettre à disposition cette histoire inédite de mon tome 3 « La charge émotionnelle ».

Je souhaite plein de courage à toutes celles et ceux qui galèrent, qu’on soit obligé·es d’aller travailler, par la nécessité ou par nos patrons, ou qu’on soit confiné·es seul·es ou avec des petits à gérer.

Coeurs et courage sur vous »

Emma

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Devenir une victime, devenir féministe

« Et pourtant, en effet, devenir une victime est un processus difficile et douloureux. Devenir une victime, devenir féministe, a un coût émotionnel double, en modifiant notre rapport à notre propre existence, et en nous associant à l’expérience des autres.

Devenir une victime et devenir féministe change d’abord notre rapport à notre propre vie et à notre agentivité (notre capacité à être agentes de notre propre vie et à en avoir le contrôle, à agir sur le monde et sur les choses). Delphine Seyrig, dans une autre interview, interrogée sur ce qu’est le féminisme, répond :

« C’est la prise de conscience de toutes sortes de choses, à savoir que je ne suis pas libre. On dit volontiers, et à tort à mon avis, qu’il existe des femmes libres, et je crois que c’est faux. Je suis la première à savoir que je ne suis pas libre. Par conséquent, il est normal que je sois en mouvement pour être libre. »

Cette question évidemment extrêmement complexe et a largement alimenté les réflexions des mouvements féministes, autour de l’idée d’empowerment et de la critique de cette notion, de l’image illusoire des « femmes libres » que mentionne Seyrig à celle des « femmes fortes » ou des « femmes de tête », présentées comme des exceptions qui doivent leur liberté à leur force intérieure, leur « résilience », leur liberté individuelle. Virginia Woolf elle-même écrivait « Lock up your libraries if you like; but there is no gate, no lock, no bolt that you can set upon the freedom of my mind ». Ces formes de liberté sont précieuses, y compris pour moi en tant que féministe, mais seulement à condition d’en cerner les limites sociales et politiques. Car si nous sommes cantonnées à ces libertés restreintes (la liberté intérieure, la création, ou même la sexualité libérée que revendiquent plusieurs signataires de la tribune) c’est bien qu’en définitive, nous ne sommes pas libres.

Ainsi, défendre la liberté sexuelle comme quelque chose qui se passe dans nos têtes (et éventuellement dans notre éducation), et non comme une capacité socialement conditionnée par l’égalité de genre (par l’autonomie économique, par l’absence de violences sexuelles systémiques), relève de cette conception individualiste et libérale qui n’a pas trop de mal à se dire « féministe » sous prétexte que les femmes qui la soutiennent ne sont pas de timides vierges effarouchées. Elles affirment que nous sommes libres « d’accepter ou de refuser le jeu social » de séduction qui passe par des gestes non-consentis. Je le dis en tant que féministe : c’est une imposture. Nous ne contrôlons pas ce jeu social et nous n’en faisons pas les règles. »

Les antiféminismes sont tout à fait fascinants

Il y a un mois, cent femmes signaient une tribune antiféministe dans Le Monde pour dénoncer le mouvement mondial et collectif de dénonciation de violences sexuelles issu de l’affaire Weinstein. Tout en commençant par rappeler que *bien sûr*, le viol est un crime très grave, la tribune adressait une série de critiques, par ailleurs assez variées et pas nécessairement très cohérentes, au mouvement #metoo. Les différentes déclarations des signataires suite à la publication de la tribune laissent penser qu’elles signaient parfois pour des raisons assez différentes, les unes étant attachées au doux commerce de la séduction hétérosexuelle, d’autres à la liberté dans la création artistique, d’autres enfin à une certaine idée la force des femmes face à un agresseur (savoir se défendre) ou bien à la suite d’un viol (ne pas être traumatisée et aller de l’avant).

Cette tribune, mais aussi les propos tenus par la suite et en particulier…

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Andrea Dworkin: Je veux une trêve de 24 heures durant laquelle il n’y aura pas de viol

Après les Césars de la honte, le discours d’Andrea Dworkin me hante ….  » Le pouvoir exercé par les hommes dans la vie quotidienne est un pouvoir qui est institutionnalisé. Il est protégé par la loi. Il est protégé par la religion et les pratiques religieuses. Il est protégé par les universités, qui sont des bastions de la domination masculine. Il est protégé par une police, et par ceux que Shelley appelait « les législateurs non reconnus du monde » : les poètes, les artistes. Contre ce pouvoir, nous avons le silence. »

TRADFEM

Extrait d’une anthologie de Dworkin, traduite par la collective TRADFEM, parue en novembre 2017 aux Éditions du remue-ménage et Syllepse.

cover anthologie dworkin

        Ce discours a été prononcé à la Midwest Regional Conference de la National Organisation for Changing Men, au cours de l’automne 1983 à Saint Paul, dans le Minnesota. Un des organisateurs m’a aimablement envoyé une cassette et une retranscription de mon intervention. La revue du mouvement des hommes, M., l’a publiée. (1) J’enseignais à l’époque à Minneapolis. C’était avant que Catharine MacKinnon et moi ne proposions et développions une stratégie juridique qui traitait de la pornographie en termes de droits civiques. Dans le public étaient présentes beaucoup de personnes qui devinrent plus tard des acteurs et actrices essentiel-les dans le combat pour le projet de loi sur les droits civiques. Je ne les connaissais pas alors. Il y avait environ 500 hommes et quelques femmes par-ci par-là. J’ai…

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Après les César : la guerre des sexes n’aura pas lieu

« Pourtant, ce qui reste, deux jours après ce beau rassemblement et cette triste cérémonie, c’est le panache de l’équipe du Portrait de la jeune fille en feu, la ringardisation définitive de la brochette de mâles sur scène des Misérables, et l’idée qu’après 10 ans de combat (depuis l’affaire DSK), de #jenaipasportéplainte (premier hashtag contre le viol que nous avions créé en 2012), à #metoo puis #jesuisvictime, les choses changent, le refus du statu quo grandit, la vieille garde se marginalise.

« La guerre des sexes n’aura pas lieu », donc, car elle est lancée depuis si longtemps contre les femmes et que la seule possibilité aujourd’hui c’est de continuer à lutter jusqu’à ce que le patriarcat dépose les armes, écoute, que la justice pour les femmes et les enfants existe et qu’enfin, la paix existe pour les femmes. Et l’on y revient toujours : « pas de justice, pas de paix » »

Blog d'une humaine concernée (A dire d'elles)

Au surlendemain de la cérémonie des César, voici une vidéo du rassemblement. A écouter en entier : « vous saurez tout sur Polanski », « le violeur c’est toi », et « libérez nos soeurs ».

Vendredi 20 février, Place des Ternes, à proximité de la salle Pleyel où se déroulait la soirée des César
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La colère retombée (ou pas), que dire de plus des César 2020 ?

D’abord, que malgré tout quelque chose a changé. Ce qu’on retiendra cette année ce n’est pas la gloire de Polanski, mais la honte qu’il ait eu un nouveau César. Et le courage de celles qui ont refusé publiquement de cautionner, Adèle Haenel en tête.

Que Portrait de la jeune fille en feu ait été volontairement boudé, on ne peut finalement guère s’en étonner. Car les César ne se sont jamais vraiment intéressés au cinéma en tant qu’art, plus à son industrie. On regrette juste que parce que…

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Julian Assange, oui mais non

« Faut-il distinguer le journaliste du violeur ? Faut-il distinguer le chanteur du meurtrier ? Le violeur pédophile du cinéaste ? Le violeur pédophile de l’écrivain ? Le pédophile du politique ? Le producteur du violeur ? Le politique du violeur ? Les journalistes des harceleurs ? Le violeur du basketteur ? Etc. Ça commence à faire beaucoup de distinctions, non ? Que l’on soit clair : Wikileaks a, pour moi, une importance capitale, actuelle et historique, pour le droit à l’information. Wikileaks qui continue à fonctionner sans Assange, grâce à une communauté de hackers, grâce à la communauté du free software et de l’open source. Tous ces gens ont rendu possible un gigantesque pas dans l’accès à la connaissance par le public de graves crimes commis par les États. Wikileaks nourrit l’espoir. Ce droit à l’information est en danger. Je plaide avec ardeur pour conserver Wikileaks.

Mais Assange DOIT être jugé. Pas pour trahison envers les USA dont il n’est pas un ressortissant, sur une base absurde d’extraterritorialité, mais pour viol sur le sol suédois. Plus aucun homme ne devrait se sentir autorisé à passer outre le consentement d’une femme. C’est en honorant Polanski, en trouvant des circonstances atténuantes à Matzneff ou DSK que la société continue de faire perdurer un tel système d’oppression. »

Le blog du radis

Julian Assange comparaît à partir d’aujourd’hui devant la justice britannique qui doit se prononcer sur la demande d’extradition vers les USA.Plusieurs fois, dans mes posts Facebook, j’ai pris la défense de Julian Assange. Le combat qu’il a porté m’a toujours paru empiriquement efficace et philosophiquement crucialpour le droit à l’information.

Pas la liberté de la presse, non, le droit à l’information. Parce que «la presse», ça ne veut rien dire. Entre Pujadas et un journaliste freelance qui péniblement couvre les inondations sur une télé locale, y’a un gap aussi grand qu’entre des Gilets jaunes et feu Karl Lagerfeld. Sur un échantillon de journalistes au hasard, vous obtiendrez des classes sociales opposées…qui objectivement n’ont pas d’intérêts communs. Alors, le corporatisme, très peu pour moi.

Julian Assange

Par ailleurs, « la presse » a très peu soutenu Assange, même si elle se réveillera sans doute aujourd’hui, à la faveur de l’actualité…

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La femme surdouée de Monique de Kermadec

« Même si elle s’en défend, la démarche de Monique de Kermadec est ici féministe : il s’agit de penser les femmes surdouées dans une société où l’on ne demande pas — prioritairement — aux femmes d’être intelligentes, mais plutôt séduisantes et/ou gentilles — je caricature à peine. Le livre est d’ailleurs sous-titré « Double différence, Double défi » dans la mesure où l’autrice revient sur les difficultés pour une femme de s’accomplir dans une société patriarcale, d’autant plus quand son fonctionnement cognitif est hors-norme. Pour cela, l’autrice dresse un portrait juste et précis de notre société en convoquant diverses notions féministes, comme l’effet Matilda, la charge mentale, les rapports de domination hommes/femmes, la représentation binaire des identités féminine et masculine, ou encore les modes d’éducation genrée.

Comme toujours, Monique de Kermadec propose un texte très documenté et sourcé — études scientifiques, neurosciences et sciences humaines — dans lequel elle analyse finement les travers de la société dans laquelle nous vivons. Pour cela, elle revient sur de nombreuses études américaines — la recherche sur la douance aux États-Unis est bien plus en avance qu’en France — ainsi que sur son expérience de psychologue clinicienne. Elle revient aussi sur l’invisibilisation des femmes dans l’Histoire officielle, déplorant le manque de modèles féminins éminents pour les femmes surdouées — et les femmes en général ! Elle questionne aussi la représentation de l’intelligence dans nos sociétés, caractéristique qui a été longtemps considérée comme masculine, et l’est encore pour certains alors qu’on sait aujourd’hui qu’il n’y a pas de différences considérables entre le fonctionnement du cerveau masculin et du cerveau féminin. Nous savons aujourd’hui que le haut potentiel intellectuel n’est pas une spécificité masculine et qu’autant de femmes que d’hommes sont surdoué·e·s. Mais la littérature sur le haut potentiel relève bien souvent du haut potentiel au masculin dans la mesure où, encore aujourd’hui, les parents font bien plus volontiers passer des bilans psychométriques à leurs garçons qu’à leurs filles, dont la différence s’exprime plus discrètement. C’est d’ailleurs ce qu’on demande aux petites filles, d’être discrètes, gentilles, sages. »

TEXTUALITÉS

Voici un ouvrage dont j’attendais patiemment la parution, un ouvrage à gros tirage qui, enfin, s’intéresse de près à la spécificité du haut potentiel intellectuel au féminin. Car la littérature du surdouement est éminemment vaste, mais elle s’intéresse peu à la problématique du haut potentiel féminin dans la société patriarcale. Jusqu’alors, Doris Perrodin-Carlen avait écrit une ouvrage très complet, Et si elle était surdouée ?, sur l’éducation des jeunes filles à haut potentiel intellectuel en s’intéressant aux problématiques du genre dans notre société, déplorant l’énergie que mettent les jeunes surdouées à s’adapter à l’école et plus tard, au travail, sans pouvoir exploiter pleinement leur potentiel si extraordinaire. Monique de Kermadec, autrice de nombreux best-sellers de la douance, vient de faire paraître un ouvrage également consacré aux femmes surdouées où le propos s’articule autour d’une « double différence » et d’un « double défi » : celui d’être une femme intelligente…

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